Elvis Français: Johnny Hallyday

Johnny Hallyday est mort. L’épouse du chanteur, Laeticia, a annoncé qu’il s’est éteint dans la nuit de mardi à mercredi, à 74 ans. «Johnny Hallyday est parti. J’écris ces mots sans y croire. Et pourtant c’est bien cela. Mon homme n’est plus. Il nous quitte cette nuit comme il aura vécu tout au long de sa vie, avec courage et dignité», écrit-elle dans un communiqué. «Jusqu’au dernier instant, il a tenu tête à cette maladie qui le rongeait depuis des mois, nous donnant à tous des leçons de vie extraordinaires. Le coeur battant si fort dans un corps de rocker qui aura vécu toute une vie sans concession pour son public, pour ceux qui l’adulent et ceux qui l’aiment», poursuit-elle à propos de son mari, Jean-Philippe Smet dans le civil.

En mars dernier, le rocker avait expliqué qu’il était soigné pour un cancer des poumons, dépisté plusieurs mois auparavant. La maladie ne l’avait cependant pas empêché de se lancer dans une dernière tournée avec ses complices Eddy Mitchell et Jacques Dutronc. Les «Vieilles Canailles» avait rencontré un succès considérable.

Ces dernières semaines, sa santé s’était dégradée. Le chanteur, son épouse Laeticia et leurs filles Joy et Jade avaient quitté Los Angeles, où ils vivaient à l’année, pour s’installer dans leur maison du parc de Marnes-la-Coquette. Hospitalisé le 13 novembre pour détresse respiratoire, le chanteur avait retrouvé son domicile quelques jours plus tard. Sa famille et ses amis se montraient optimistes sur le prochain rétablissement de Johnny. Sur le compte Twitter de l’artiste et de ses proches, des nouvelles rassurantes étaient publiées régulièrement. En plus de l’album hommage «On a tous quelque chose de Johnny» qu’il avait approuvé, il préparait son nouvel album studio, toujours avec le chanteur Yodelice.

Chaque Français ou presque, au fil d’un demi-siècle, s’est forgé «son» Johnny Hallyday, véritable mythe national vivant. Retour sur la carrière hors-norme d’un monument populaire qui règne sur le rock français depuis trois générations.

Dans certains régimes politiques, le leader national est surnommé le «combattant suprême». Johnny Hallyday, c’est le survivant suprême. La machine vivante, l’infatigable showman arpentant les planches des Zénith et des stades, jambes arquées face au micro, visage émacié à la barbichette méphistophélique.

Il se tient dans l’imaginaire français comme un monument national vivant, une sorte d’homme-sablier qui arrête le filet de sable d’un geste de la main. Dans Rock’n’Roll Attitude, il chante: «La mort, j’suis pas décidé, j’veux encore essayer.» Combien de fois aura-t-il essayé, éternel boxeur de ring électrique, champion remettant son titre en jeu, icône ubiquiste qui traverse toutes les surfaces. Ses premières apparitions mouvantes, c’était sur l’écran rayé des télévisions en noir et blanc, quand les présentateurs se nommaient Jean Nohain et Guy Lux, Aimée Mortimer ou Léon Zitrone.
Il vit aujourd’hui dans un univers de smartphones et de clés USB. Ce qui fait que trois générations françaises ont pu se retrouver à ses spectacles, côte à côte, face au pharaon immuable dans les faisceaux de lumière. «Et de toutes celles qui m’ont aimé, c’est elle qui m’est restée la plus fidèle», dit-il pour introduire la chanson Pendue à mon cou. Il veut parler de sa guitare.

On se prend à rêver d’un livre, d’un film, d’un site qui compilerait les visions que des millions d’entre nous ont eues de Johnny Hallyday. Le propre des mythologies, c’est qu’elles sont «appropriables» à l’infini par chacun, comme si une star était un cousin universel.

Texte du Figaro. Lire la suite

Si vous voulez écouter ses hits: https://open.spotify.com/artist/2HALYSe657tNJ1iKVXP2xA